grosse tete agla

L’homme feutré

 

 

Il me sent glisser doucement dans la peau d’un tueur

Trébuchant au milieu de la foule

Les yeux plantés au fond d’une hache déjà bien réelle

Une hache qui durcit dans sa main

 

Et puis cette idée

Cette idée absurde tenace

Couper la tête d’une femme

Lui défoncer la gorge et ne jamais s’arrêter

Pourquoi ?…

Pourquoi elle, et puis elle, et toi aussi là-bas !

 

Il vous attend il vous guette

Lui le timide lui le dernier

Toujours au fond de la vie

Qui ne dit jamais rien

Qui s’excuse de s’excuser quand vous lui faites mal

Ou quand vos bras se tendent

Pour lui dire tout bas qu’il a le teint bleu

Les manches trop longues

Qu’il sent la lavande

La frite de ducasse

La gitane maïs

Et la file d’attente

 

Il avance en baissant la tête

Le regard tourné vers les crottes de chiens

Il les compte pour se sentir moins seul

Il les trie suivant la couleur et la consistance

Pour faire semblant d'être avec vous

Vous les passants et tous vos sales coups d’épaules

Vous qui osez…

 

Il s’enfonce alors des éponges sous la glotte

En prenant soin de choisir les nappes de brouillard les plus sinistres

Et tout ce froid qui tourne autour…

 

 

Dan, sur un feutre d’Aglaé.