Les Aglamiettes

18 septembre 2018

C'EST UN FEUTRE !

Tout-feutre-tout-flamme

  

Aglaé et Dan

Sont heureux de vous annoncer

La naissance de

 

TOUT FEUTRE TOUT FLAMME

Tome II

 

Il pèse 20 euros TTC

 

A commander ici :

 

Daniel LEUTENEGGER

4 RUE DU VIEUX BARD

03450 EBREUIL

 

Chèque libellé à l’ordre de Daniel Leutenegger

 

agla la pimpette avec des bisous

 

couverture-Tome-II

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17 septembre 2018

Sophie

sophie

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09 septembre 2018

Nouvelles lampes de Pierre Coppens !

pierre coppens 1

pierre coppens 2

pierre coppens 3

pierre coppens 4

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27 août 2018

L'Envol du Poète...

L'envol du poète - Aglaé Vadet

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Bernard Lavilliers, Catherine Ringer - IDEES NOIRES

 

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25 août 2018

Sculpture d'Aglaé : "NANANUE"...

nananue-1

nananue-2

nananue-3

nananue-4

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22 août 2018

LA GROSSE POMME...

la-grosse-pomme

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21 août 2018

L'ACROBATE...

acrobate

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18 août 2018

Lecture au hamac... AGLA

lecture-au-hamac

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17 août 2018

Ma t'ite culotte et mes lunettes ??????????????????

mon slip et mes lunettes ?

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Promenade en tapis...

Promenade en tapis

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15 août 2018

Echauffement du matin !

Echauffement du matin !

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12 août 2018

Lampe réalisée par Pierre Coppens : "MATAHARI"...

Matahari1 PIERRE COPPENS

Matahari2

Matahari3

Matahari4

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03 août 2018

Je vous emmerde !

la follette agla

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L’Age Ingrat... Aglaé...

agla aout 2018

 

L’Age Ingrat

 

 

Les parents avaient longuement hésité : est-ce qu’on l’emmène ou est ce qu’on ne l’emmène pas ? Les parents en question, c’étaient les miens. La petite fille, enjeu de ce dilemme cornélien, c’était moi. La femme de mon père n’était pas ma mère et même une mère ne tolère  pas toujours ce qu’Hélène supportait de plus en plus mal.

Je renonce à faire le portrait d’Hélène que mon père, veuf à quarante sept ans, avait épousée, au moment de l’exode en mille neuf cent quarante. Ce que je peux dire c’est qu’elle ne m’avait pas mérité. Dans les deux sens du terme. J’étais vraiment trop et pas assez. Vous me demandez en quoi ? hé bien justement, en tout. J’éclatais de bonne santé, je mangeais trop et trop vite (de vous à moi, je n’ai pas changé, on dirait toujours que je suis pressée de retourner  jouer le plus vite possible), de là une bonne paire de fesses qui craquait les fermetures de mes vêtements toutes les deux minutes. Je parlais fort au point que je revenais régulièrement aphone de l’école ou de colonie de vacances, j’oubliais mes affaires dans tous les coins, mon béret d’uniforme (hé oui !) chez ma copine, mon cahier de texte à la maison, la monnaie du pain dans ma poche. Ou alors j’oubliais de me rendre à ma leçon de piano et si j’y allais, j’avais oublié mon cartable en route.

Ce qui aurait pu compenser cet état de choses l’aggravait au contraire. J’étais maligne comme un singe. Et garce comme pas une. Si bien qu’à l’âge de neuf ans, sur beaucoup de sujets, je clouais le bec de la pauvre Hélène au point que personne ne pouvait la sauver, même dans un parfait esprit de charité. Elle prétendait alors que je « raisonnais » et je répondais (mal vu aussi) maladroitement que « raisonner » était justement ce que je voulais faire et qu’on m’encourageait à faire dans d’autres circonstances de ma vie.

En mille neuf cent quarante trois, dans une France totalement occupée, mes parents n’auraient pas laissé passer l’occasion de faire un petit voyage en Bourgogne. Hélène y avait passé une partie de son enfance, et elle se réjouissait de voir des amis depuis longtemps perdus de vue. La perspective de m’emmener avec eux ne leur plaisait guère. Ils en  discutèrent. On me fit des recommandations en tout genre. Je promis tout ce qu’on voulut. Nous partîmes.

Le soir même, nous étions au Creusot, petite ville éminemment sinistre grâce à l’érection des Usines Schneider au siècle dernier. Chacun, au Creusot, travaillait ou avait travaillé ou travaillerait bientôt aux Usines Schneider. Fonderies énormes, métallurgie lourde, les bâtiments massifs plombaient la ville, lui communiquant une atmosphère de poussières grises, et une tristesse insondable.

Tout ça, je m’en foutais et nous étions chaque jour invités dans de nouvelles maisons par des gens bien élevés, un peu trop même, pas vraiment marrants et un peu culpincés. Mais on mangeait bien et je jouais dans les jardins. Avec une petite bourrique de mon âge, Maryse, que je détestai immédiatement. Les adultes l’adoraient, vantaient sa sagesse, sa bonne éducation, ses cheveux bien coiffés, ses chaussures bien cirées, et comme ça du matin au soir. Je n’exagère pas. Nous jouions dans le jardin, Maryse me prêtait ses jouets avec grâce, et surtout, nous avions découvert la tortue, Paulette, devenue rapidement le centre de notre intérêt. Je ne vous cite pas les détails sur cet épisode de mon récit, car la SPA me ferait sans doute un procès rétrospectif.

A l’heure du déjeuner, on nous appelait et Maryse allait directement se laver les mains. Je suivais presque toujours. Le repas était très bon et très long. Maryse se tenait très bien à table. Moi, j’hésitais à demander la permission de sortir de table, de peur d’être oubliée au moment du dessert. J’hésite encore un moment, quand, très vite, une idée me vient. Une bonne idée. Une ou deux minutes me suffisent pour aller chercher Paulette, je reviens m’asseoir à table, Paulette sur mes genoux, ma serviette par-dessus et je suis sûre de ne pas rater le moment du dessert. Les grandes personnes, tout à leurs conversations, l’humeur amollie par les bourgognes un peu lourds qu’on déguste lentement au cours des repas, ne font plus guère attention aux enfants en bout de table. Comme la situation me semble favorable à une initiative courageuse, je pose tout doucement la tortue sur la nappe damassée blanche, devant moi, et je lui fais un petit drap avec ma serviette pliée en deux. On la voit à peine. Seule, cette garce de Maryse suit de ses yeux effarés de petite fille sage toutes les étapes de l’installation. Ce n’est que plus tard, quand tout le monde s’apprête à passer à passer au salon pour le café, que l’affaire se gâte… Paulette a déposé sur la nappe l’abondant résultat d’un régime sévèrement végétarien, lequel liquide et malodorant, se répand en une large tache brune. Je suis toujours étonnée quand j’y pense de n’avoir fait rire personne. Les grandes personnes n’étaient pas marrantes à cette époque-là.

Le lendemain nous étions invités, pour le thé chez une très vieille dame. Je la revois, enfouie dans un grand fauteuil, très maigre, vêtue d’une épaisseur incroyable de lainages superposés.

Comme le faisaient en pareil cas toutes les vieilles dames de cette époque, elle ouvrit pour nous une boîte en fer, carrée, et nous offrit des biscuits secs. Du nord au sud de la France, il m’est arrivé de goûter ce genre de biscuits dans ce genre de boite, je peux vous garantir une chose, ils ont tous exactement le même goût. Ni vraiment bons, ni vraiment mauvais, le temps passé dans la boîte a réalisé une osmose des saveurs que je n’ai plus jamais retrouvée  ensuite.

Je n’ai fait aucun scandale ce jour-là. On m’avait prêté un livre, je ne sais plus lequel, et sans en avoir l’air, j’écoutais la conversation des grands. D’ailleurs, je n’y comprenais rien. C’est seulement le lendemain, alors que mes parents rendaient compte de cette visite à une tierce personne, que je compris une chose terrible. Enfin, je l’entendis car je ne la compris pas. A mi-voix, les trois adultes en présence parlaient de la vieille dame, de sa vie très malheureuse, et  de sa grande solitude après un mariage catastrophique, mariage de quelques jours seulement. J’écoutais de mieux en mieux.

- Vous savez que ça a été une horreur son mariage. Elle ne s’en ai jamais remise…

- Sait-on exactement ce qui s’est passé ?

- Ses parents n’en ont jamais parlé, bien sûr.

- Et elle non plus ?

- Encore moins… Faut imaginer à cette époque-là…

- OUI, bien sûr…

- Mais on a quand même une petite idée…

- Ce qui a été dit en fait… enfin tel que moi je l’ai entendu… C’est qu’il était monté comme un âne…

- Non !

- Si !

Alors là, j’étais ahurie. Comment trouver un sens entre cette petite vieille, son mariage, et un âne ? Avant que cette énigme là s’éclaircisse, j’avais tout le temps devant moi.

Le lendemain nous réservait une invitation plus agréable. Nous allions, à quelques dizaines de kilomètres du Creusot, chez des vignerons. J’en trépignais de plaisir. Monsieur et Madame Rochette nous reçurent à bras ouverts. Ils devaient être des parents d’Hélène, et ils  nous tutoyèrent aussitôt. Nous étions à quelques semaines des vendanges, les  pieds de vignes croulaient sous le poids d’énormes grappes presque bleues. Monsieur Rochette expliquait avec autant de bonhomie que de compétence, tout ce que des Parisiens comme nous pouvaient comprendre de son beau métier. Je ne le quittais pas des yeux. J’aurai bien eu envie de demander une grappe de raisin. Devinant la chose, notre hôte expliqua que ces fruits-là feraient un vin excellent mais qu’ils ne valaient rien en dehors de cette fonction très spéciale. Je me sentais touchée par cet homme gentil et chaleureux, qui s’adressait à moi comme à une petite personne digne des explications qu’il nous donnait. Madame Rochette, qui s’était éclipsée sans doute pour la préparation du déjeuner, vint nous rejoindre vers midi, au moment de finir la promenade par la visite des caves, lieux précieux entre tous, aussi intimidantes pour moi qu’une église.

L’endroit était haut de plafond, frais, d’une propreté et d’un ordre confondant, surtout pour moi. Une odeur fruitée, fraîche et pénétrante, inondait mes poumons à chaque inspiration. De grandes cuves métalliques servaient à recevoir le jus du raisin, juste après qu’il eut été foulé, des cartons remplis de bouteilles portaient déjà le nom et l’adresse de leurs destinataires. Cette pièce communiquait directement avec une cave voûtée, que les bouteilles tapissaient du haut en bas et de long en large, jusqu’au fond. Ici, tout était frais, odorant, embaumé.

Quatre verres fins, pour une dégustation, furent emplis avec douceur par Monsieur Rochette. Pour moi, il avait sorti un taste-vin, et je compris tasse de vin, et versa quelques millimètres de Mercurey. J’étais aux anges. Tellement contente que je n’aurai pas osé dire à personne, après avoir bu, que j’avais trouvé ça assez mauvais. J’étais si fière, d’être traitée comme une jeune fille.

Les adultes continuaient leur conversation. Je gambadais à mon aise. L’heure passait. Et je suppose que le rôti de Madame Rochette étant enfourné, tout ce petit monde se dirigea vers la maison. Apparemment, je m’étais tenue convenablement. Sauf. Oui, il y a un sauf, autant vous le dire tout de suite, car je ne pouvais pas le dissimuler très longtemps, sauf que, pendant un moment d’inattention des grandes personnes, j’avais vidé les verres de vin restés à demi-pleins sur la table. Et la journée d’enfer de mes parents ne fit que commencer. Le vieux Mercurey qui pesait dans les treize degrés m’avait plongée dans un état d’excitation à peine croyable. On se mit à table, en espérant  que, n’étant plus à jeun, le calme me reviendrait. Mais rien n’y fit. Je parlais tout le temps, je riais à propos de n’importe quoi, familière avec nos hôtes, gâchant de façon irrémédiable ce repas charmant. Mon père et Hélène étaient partagés entre la honte et la colère. Comme ils n’étaient pas chez eux, ils intériorisèrent leur désagrément. Le repas se prolongeait tant bien que mal, on me permit de quitter la table. Ce fut bientôt l’apothéose. Je voulus chanter. Très fort. Toujours très fort avec moi. Défilèrent toutes les chansons des veillées scoutes de l’époque. Heureusement, je ne connaissais pas encore les chansons de corps de garde, sinon ils y avaient droit. Je pense même qu’ils ont fini par rire. Rassurez-vous, j’ai fini par m’endormir. Sous la table. Non sans avoir entonné un final de toute beauté :

- Car elle est morte, Adèle

- Adèèèèle, ma bien aimée.

J’ai oublié les autres vers de cette délicate bluette.

Le retour au Creusot fut un peu crispé et j’avais décidé, enfin, de me taire.

Le lendemain fut notre dernier jour au Creusot. Les évènements de ce jour-là sont un peu délicats à reconstituer, même soixante ans après. Je pense qu’une dernière promenade était prévue et chacun de nous emprunta la salle de bains, s’habilla, petit déjeuna et fut prêt  à partir. Seul, mon père manquait à l’appel. Avec discrétion, les invités et les hôtes en présence prolongèrent un moment une conversation sans objet. L’attente durait et ma belle-mère, après un coup d’œil à la chambre et à la salle de bains, décida de frapper légèrement à la porte des cabinets :

- Tu es là, Gaston ?

- Oui

- Ça va,

- Oui, enfin, oui et non

- Comment ça, tu es souffrant ?

- Non, non, c’est pas ça

- C’est quoi ?

- J’ai laissé tomber mon portefeuille.

- Dans le…

- Oui

- Ouvre. Tu ne peux pas rester ici toute la journée.

En fait, cette pièce qui venait de jouer un si mauvais tour à mon père, était une garde-robe à l’ancienne : une marche permettait d’accéder à une sorte de caisse en beau bois ciré, troué en son milieu, le tout communicant sous la maison avec une fosse septique.

Le portefeuille s’était malencontreusement ouvert, les billets de banque avaient chu, et s’étaient collés ici et là dans la lunette. Mon père sortit, mal à son aise et il fallut bien raconter l’incident et chercher une solution. Je n’étais pas méchante malgré les grosses bêtises racontées plus haut mais je trouvais que là, mon père m’avait dépassée de cent coudées. On avait bien essayé de m’envoyer jouer dans le jardin, mais j’étais bien décidée à ne pas en perdre une miette (sic).

De grandes pinces de cheminée inutilisées depuis longtemps servirent à repêcher, un à un, les billets maculés. On emplit des seaux d’eau, on apporta chiffons et éponges, et une curieuse petite lessive, suivie d’un séchage délicat, occupa notre petite communauté pendant un bon moment.

La dernière image qui me reste du Creusot à l’âge de soixante-dix ans qui est le mien aujourd’hui, c’est le lit de mes parents constellé des rectangles de précieux papiers finissant de sécher avant de regagner un portefeuille d’où ils n’auraient jamais du s’évader.

 

Aglaé Vadet

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01 août 2018

Nouvelle couverture avec un "Feutre" d'Aglaé...

A-BOUT-PORTANT

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18 juillet 2018

Anna Netrebko, La Traviata : Addio del passato

 

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14 juillet 2018

Agla mèches noires...

meches-noires

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12 juillet 2018

J'entends des voix...

 

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Aglaé.. Bonne idée de "Soeur Gudule"... commerce inattendu avec la Chine !!!

 cornette

Le Buffet, jour de la Sainte Xavière...

 

Les Petites Sœurs de Sainte Xavière en Bassinois constituaient une modeste communauté très catholique dont le diocèse n’était pas peu fier. Certains d’entre nous, les plus âgés, se souviennent de leurs robes noires en drap épais et de cette large coiffe blanche si singulière. Un jour, j’ai confondu l’une d’elle, de loin, avec un plombier portant un lavabo sur sa tête. Aujourd’hui, les sœurs sont vêtues d'un uniforme gris tristounet et d’un voile assorti, imposés par un Vatican mysogine à toutes les congrégations.

Les bâtiments conventuels dataient du dix neuvième siècle. Sobres, sans intérêt, mais entretenus avec le plus grand soin. Ils abritaient une trentaine de cellules pour les moniales au rez-de-chaussée, et au premier étage, deux grands ateliers. Là, on fabriquait divers objets dont la vente, chaque année, à la sainte Xavière, équilibrait bon an, mal an, les finances toujours chancelantes de la communauté. Ce jour-là, les religieuses préparaient des gâteaux secs, très appréciés, à l’exclusion des pets de nonnes dont la mère supérieure avait interdit la confection.

Sœur Gudule, imaginative et gaie, mais tellement stricte d’allure qu’on avait peine à croire qu’elle avait suivi les cours des Beaux Arts avant son noviciat, assumait la responsabilité des ateliers. Elle avait pondu quelques années auparavant un projet gentiment fantaisiste où des ailes de papillons finement collés sur un support de liège, figuraient la robe de la Vierge, le turban de Joseph et la barboteuse de l’enfant Jésus. C'était surprenant. Plusieurs années de suite, le stand « papillons » avait cartonné comme disait Gudule en privé ! Les plus jeunes sœurs de la communauté, les petites frangines comme disait Gudule, en juin et juillet, se faisaient une joie de chasser les indispensables papillons, brandissant bien haut leurs filets, retroussant leurs jupes, et gambadant comme des petites folles dans la campagne. Elles étaient plus ou moins escortées par la vieille sœur Aglaé qu’une arthrose de genoux rendait un peu lente et souvent ronchon. "Aglarthrose" comme on disait méchamment ! Ensuite, avec un peu d’éther, on euthanasiait les petites bêtes avant de les épingler bien à plat sur du papier hygiénique. La mère supérieure détestait qu’on verse une larme sur la mort des papillons. Restaient, après le montage des Jésus-papillons, les dernières finitions avant le grand jour. Gudule s'en chargeait dans la bonne humeur, en fredonnant derrière le dos de la Mère supérieure :

Pour Sainte Xavière

Pinceaux dans un verre...

Ou dans l'derrière,

En souvenir des beaux arts !

Comme Picasso

La colle dans un pot

Avec l’emploi intensif des insecticides, les papillons se raréfièrent, puis disparurent. Le bénéfice de la vente manqua cruellement à nos sœurs. Un autre projet naquit après que sœur Gudule eut fait une retraite de huit jours dans un monastère voisin où le recueillement total et la bien maigre chère propulsaient les âmes ainsi allégées, à une hauteur vertigineuse.

De retour à la maison mère, Sœur Gudule entretint la mère supérieure de sa nouvelle trouvaille :

- Ma mère, dit-elle, je brûle de vous soumettre quelques idées nouvelles pour la fête annuelle de Sainte Xavière.

- Je vous écoute, ma fille, et d’autant plus attentivement que le niveau de nos réserves financières est si bas que nos vœux de pauvreté seront très faciles à suivre cette année.

- Je vous apporte donc le dessin à peine terminé d’un Enfant Jésus au maillot. Comme vous voyez, il mesure environ quinze centimètres, le maillot et le capuchon sont d’un seul tenant, le visage de Jésus est tourné vers le ciel, et un ruban doré, croisé sur le corps de l’enfant, maintient doucement le vêtement.

- C’est très joli, sœur Gudule. Dites-moi ce que nous pouvons faire de cette esquisse.

- Je sais, ma mère que vous ne répugnez pas devant les techniques modernes, quand elles sont au service de notre maison bien-aimée…

- Bien sûr, bien sûr, continuez ma fille…

- J’ai donc pensé réaliser en terre, par modelage, cet enfant jésus. Puis je le ferai cuire dans un four, par un potier, à une température convenable. Ensuite, il faudra adapter un moule très précis de la statuette, et, à partir de ce moule, nous obtiendrions autant de Jésus qu’il nous en faudra pour la Sainte Xavière.

- J’entends la cloche de la chapelle qui nous appelle. Allons prier le Seigneur de nous guider vers de bonnes décisions aussi bien pour le salut de nos âmes que pour les problèmes matériels auquels nous sommes confrontés sur cette terre.

- Je vous rejoins, ma mère, et je serai de toute façon, votre fille obéissante.

- Soeur Gudule pensait en effet que l'Art et la Gaierté n'ôtaient rien, au contraire, à sa vocation.

Dans les couloirs un peu frais qui desservent les cellules, eut lieu, le soir-même la suite de cette conversation.

- Vous m’appelez, ma mère ?

- Oui, Gudule. Pendant la prière, à la chapelle, et je m’en confesserai, je me suis demandée comment nous y prendre pour obtenir les enfants Jesus à partir des moules ?

- C’est une technique très simple et très connue, ma vénérée mère. Le moule est coupé en deux, chaque moitié est remplie d’une résine fine à l’état liquide et, lorsque la résine est suffisamment durcie, on démoule les Jésus, les demi- Jésus pour être précis, que l’on réunit par un encollage invisible apres un polissage soigneux.

- Merci ma fille. Dormez bien.

C’est ainsi que le projet des Jésus en résine vit le jour. Monsieur l’Archevêque, mis au courant, promit d’honorer de sa présence la fête de la sainte patronne et les petites sœurs se mirent joyeusement au travail. Entre terre, modelage, résine, colle, les ateliers bourdonnaient en permanence. Les cuissons nécessaires pour réaliser ce qu’on appelle un biscuit à une température de 700 degrés étaient faites au village, dans le grand four du potier. Deux sœurs parmi les petites frangines, désignées pour cet office, portaient et rapportaient les précieux objets dans un grand panier que prêtait en ronchonnant la petite sœur préposée à la cuisine et qui ressemblait elle-même à une grosse religieuse du patissier.

Quand vint la Fête de Sainte Xavière, presque cent Jésus de quinze centimètres, d’un joli blanc cassé, une empreinte dorée entourant délicatement les langes de l’enfant, posés sur un velours bleu ciel, attiraient tous les regards vers le stand numéro neuf. Le succès fut immédiat. Mis à part quelques erreurs de caisse, dûes au nouvel Euro encore mal intégré par les visiteurs, et malgré les frais d’investissement dans le matériel, le bénéfice dès cette année-là, fut assez joli.

L’année suivante, tout en s’y étant pris très à l’avance, nos religieuses, Gudule en tête, furent débordées de travail. Elles offraient au Seigneur le temps passé dans les ateliers au-delà des trente cinq heures par semaine prévues par la règle de la communauté. La vente des Jésus dépassa toutes leurs espérances. Les visiteurs, plus nombreux d’année en année, achetaient les statuettes pour offrir à leurs amis et décorer la crèche de Noël. C’était un véritable engouement, un peu comme on avait vu la mode des nains de jardin quelques années auparavant. Une religieuse assurait fermement la comptabilité du monastère et malgré sa discrétion proverbiale, le bruit courait un peu partout, que les caisses étaient pleines. Comme le toit de la cathédrale était en mauvais état, Monseigneur était aux petits soins auprès de notre prieure.

L’année suivante, Sœur Gudule retourna faire une retraite. Cette fois, il fallait trouver, non pas une nouvelle idée, mais plutôt la bonne façon d’exploiter la précédente. Les pauvres petites sœurs, exténuées, ne pouvaient plus faire face à la demande.

La prieure et Gudule discutèrent soir après soir, avant de rejoindre leurs cellules et prirent leurs décisions en grand secret. Personne ne leur posa de questions, bien entendu.

Au printemps, à la date où généralement les soeurs se mettaient au travail, la mère supérieure dit simplement qu’on n’ouvrirait pas les ateliers cette année. Ce fut la stupéfaction. Si chacune échafauda des hypothèses, ce fut dans le secret de son cœur. On approchait de la Sainte Xavière, les stands furent repeints comme d’habitude, on réalisa les pâtisseries et les confitures habituelles. Le temps était magnifique cette année-là, on avait presque oublié les Jésus en résine.

Or, un matin, quand les nonnes empruntèrent comme de coutume le long couloir qui conduit des cellules à la chapelle, elles virent, posées à terre, une dizaine de grandes caisses fermées sur lesquels on pouvait lire en grosses lettres rouge : 

FRAGILE

Et en plus petites lettres :

Made in China

 

Aglaé Vadet

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