Les Aglamiettes

31 janvier 2012

L'oiseau chanteur dingue...merci Ninon!!!...et bonsoircuicui!!!

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...un aglaème...


soho-london

Un soir à Londres
 
Je l'avais à peine aperçue
La gourgandine aux seins menus
Dont les pommettes carmin
Cisaillaient le fog londonien
 
Farfouiller en vain dans mes profondes
Rêver d'un louis au fond des poches
Deux kleenex, trois haribos
C'est justet, même à Soho
 
Juchée sur ses talons rouges
Adossée au réverbère
Un méchant sourire mercenaire
Dément le cil câlin qui bouge
A  l'affût d'une bonne affaire…

 

agla


 

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...en intro pour le message ci dessous: Un portrait de Chaîm Soutine...la grande classe!!!

chaîmS

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Je relaie un message de Murielle Levy...ne le loupez pas!!!

Soutine


DVD Chaïm Soutine
Bonjour,

Je me permets de vous contacter pour vous informer de la publication d'un DVD sur le peintre Chaïm Soutine.

Après trois ans de recherches à travers toute l'Europe, auprès de personnes l'ayant connu et de collectionneurs .... j'ai produit un film documentaire qui relate son parcours et son oeuvre.
Il s'agit du seul film à l'heure actuelle traitant de cet artiste fascinant.
Pour plus d'informations, visitez notre site internet
Vous y trouverez un bon de commande à télécharger si vous souhaitez acheter ce DVD.

http://www.lesproductionsdugolem.com/soutine_golem.html


Si vous avez des questions n'hésitez pas à me contacter.
Merci et à bientôt

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Ekdahl en douceur...

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30 janvier 2012

LUDO pour la nuit..."Civilités"...et Bonsoir!!!

ludofoto

 

Là où ailleurs
Ca commence par une erreur.
Jack et Lyn, mes créateurs, préparaient le rituel BBQ des dimanches estivaux et je révisais ma brasse
dans la piscine peu profonde. Je portais mèche blonde de droite à gauche au gré des rafales du vent
puant comme l’haleine d’un vieux dingo - des carcasses d’animaux en putréfaction jonchaient les
pelouses du lotissement.


Jack me surnommait « Mein führer! » à tout bout de champ et Lyn renonçait à m’emmener chez le
coiffeur depuis perpette car cette blague pressurisait ses zygomatiques dépressifs comme un rail de
mauvaise coke. Grimaces et dentition refaite.
Les voisins ne tarderaient pas à rapporter la bidoche, un kangourou bien vivant à cramer à vif. Le cri
du kangourou immolé, assez feutré, excitait ce petit monde de banlieue à l'Est de Sydney sans que
personne ne s’offusque. Coutume.


Comme à son habitude, Jack tenait à organiser un pugilat à mains nues contre la bestiole avant de la
trancher encore rose dans l’assiette. C’était l’occasion de parier et de s’amuser un peu, les dimanches
sont plutôt creux en Australie, vaste désert insulaire. A chacun ses combats de coqs, sa pétanque, ses
partouzes.


Seulement, ce jour-là, William, un anglais à peine emménagé, crut bon d’offrir son chat persan à
bouffer ! Quel manque de tact!
Manger du chat domestique est LE tabou de cette bonne société australe !
Jack, Lyn et les autres devinrent blêmes, tombèrent dans les pommes comme l’aborigène ivre mort


chute de son boomerang.
Au bord de la piscine, mes six ans murmurèrent : une bonne solution finale.

Ludovic Kaspar
Publié dans Mauvaise graine n°57

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Mots de Marlène, image de Soutine...

Soutine

Pas de revanche à prendre

M’allonger et me dire
qu’il n’y a pas
surtout pas
de revanche à prendre
laisser ce genre de jeu
à ceux qui pensent
devoir prouver
justifier
rentabiliser
montrer qu’ils existent
M’allonger et me dire
que je suis vivante
et que c’est bien assez
pour remplir
l’aujourd’hui

Marlène Tissot

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A ce soir...foto de Barcelone par mes amis Bansaye!!!

sweet 2012

Souitte...

 

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29 janvier 2012

Rémyrette et les grenouilles... et Bonsoir!!!

grenouillesAlors là, à vous qui êtes plongés dans un janvier certainement abominablement froidasse, humidasse et grisâtre, comme tous les janviers de là où vous habitez, à pauvres de vous il faut que je raconte une histoire. Une histoire vécue, absolument véridique et actuelle, et d'où nous déduirons - c'est-à-dire moi et ceux qui liront jusques au bout - une information capitale, cruciale et métaphysique. Tadam, roulement de tambour.
 
Or doncques, l'hiver z'étant, là où j'habite, encore plus abominablement froidasse, humidasse, grisâtre et court des jours que là où vous habitez vous, j'avais décidé, comme à peu près tous les hivers, de prendre quinze jours de vacances au soleil. Suite à Angkor (qui est indescriptible et d'où j'étais revenu dans un état de béatitude absolue et de zen profond) et à Grande Canarie (qui est pédée et d'où j'étais revenu charmé, voire presque amoureux), cette année, par la grâce du hasard et de mon nouvel agent de voyage, ce furent les Caraïbes. Il recommandait Ste Lucie, mais étant quand même attaché à mes racines françaises, nespas, et vu la proximité (les îles se voient l'une l'autre), je réclamai une semaine de Martinique pour commencer.
Pas le pierre-et-vacances pour les béberts, non, un hôtel quand même umpeu mieuxa. Une junior suite avec kitchenette sur la terrasse, ptidéj français le matin et poisson acheté sur le port le soir. Un hôtel de rêve, palmiers, bougainvilliers, pluie tropicale rafraîchissante et arc-en-ciel de bienvenue, ainsi qu'un portillon qui donnait sur une petite plage à la fois déserte et pittoresque, avec cocotiers sur sable blanc et tout le tralala, et un petit chemin côtier qui menait d'anse en anse et de plage en palétuvier jusqu'au port où acheter le poisson susdit, et où prendre le frais le soir en regardant une infinité d'étoiles et des lucioles entre les frondaisons. Un rêve, un pa-ra-dis, j'en passe et des ti-punchs, et je vous posterai des photos un de ces prochains jours.
Jusqu'à 19h. Parce que de 19 à 23h, c'est "activités". Soit au bar du haut, soit au bar du bas, suivant les soirs. Défilé de coiffure, musique créole live, danseuses, tout super chouette, mais dont le son très exagérément amplifié remplit complètement ma junior suite avec kitchenette, et sa terrasse. Tous les soirs. Réclamation, re-réclamation, demande courtoise de baisser un peu le son - refus peu courtois, vol du micro pour demander publiquement de baisser un peu le son, rien n'y fit. Pour le pourboire, ils peuvent se brosser, ces cons.
Pour des raisons de réservation d'hôtels, ma seconde semaine, celle à Ste Lucie, commence dans un "resort" de luxe absolu, dans une villa avec piscine individuelle, cuisine et salle de bain plus grandes et mieux équipées que chez moi, vue sur le Petit Piton et sur le coucher de soleil, chemin descendant vers une petite plage retirée, autre chemin menant au volcan et aux bains soufrés, mais aussi restaurant gastronomique et spa y compris bain de boue soufrée sur demande. Pas de télé, il s'agit de se reposer. Pas de clim, on la joue bio - un côté de la villa est adossé à la montagne, les trois autres sont faits de claies inclinables qui laissent passer la brise du soir mais pas la chaleur du jour. Et la salle de bain débouche sur un jardin clos - imaginez-vous deux lavabos, avec leurs grands miroirs, ensuite vient une douche qui n'est pas dans une cabine mais de plain pied, sans marche, si vaste qu'on pourrait s'y allonger, et carrelée en calcaire naturel plein de fossiles de coraux, et de l'autre côté de la douche, une cabine de même taille, fermée de claies en bois comme toute la villa, mais sans toit, et pleine de plantes et de fleurs.
Et de geckos bien pratiques pour manger les moustiques, et de toutes petites grenouilles beiges de deux centimètres à grands yeux noirs, qui sautillent jusque sous la douche avec vous ! Mignonnes à croquer ! Et qui, la nuit, chantent. Comme les crapauds de chez ma grand-mère, qui font "cou !" d'une petite voix flûtée à intervalles réguliers, chacun sa note, en ravissante symphonie - sauf que les grenouillettes de Ste Lucie font "couiiii !" en terminant d'un sifflement de bouilloire. FORT, le sifflement de bouilloire. TOUTE la nuit. TOUTES les deux secondes. Dans MA salle de bain, qui n'a pas de porte pour la séparer de ma chambre à coucher.
La troisième nuit, j'ai trouvé comment les faire taire (je ne vous donne pas l'astuce, vous n'aurez qu'à chercher vous-mêmes, bande de paresseux sans idées !), mais c'était la dernière ; l'aventure continue dans un autre "resort" à l'autre bout de Ste Lucie. Un "resort" all-inclusive. Pension complète, bouffe et boisson à volonté, activités en tout genre gratuites, depuis l'aérobic jusqu'au jetski en passant par la plongée, la muscu, le tennis, la promenade en taxi dans la jungle et le golf, six piscines, plage privée, cocktails, que des Américains et des Canadiens, personne en-dessous de 100 kg, live music tous les soirs sur la plage et tout et tout. Les chambres sont spacieuses et confortables, constituant par quatre ou cinq des pavillons allongés disposés par demi-cercles autour d'une pelouse, demi-cercles rassemblés en "villages" dans un paysage de jardin botanique, et tout habilement disposé de manière à ce que le coin des gosses (avec piscine, château gonflable, cages à écureuils, bac à sable, et une myriade d'activités éducatives) ne dérange pas le clubhouse du tennis, ni la musique du grill caraïbe celle du bar de la plage, bref, la perfection dans le style all-inclusive.
Une installation pareille, ça demande de l'entretien, évidemment. Donc il se trouve que la rangée de chambres qui se trouve en face de la mienne dans le demi-cercle est en rénovation. Ils refont les carrelages. Donc toute la journée de 8 à 17 h, c'est marteau-piqueur pour enlever les vieux carreaux, mixeur à béton et martelage pour poser les nouveaux. Ça c'est côté jardin, et de l'autre côté, aujourd'hui, de 10 à 14 h, il y a eu nettoyage au kärcher du chemin devant ma porte. Enfin bon, il y a des coins calmes loin des plages, des bars, des piscines et des marteaux-piqueurs, et puis ça s'arrête à 17 h, on va pas râler pour si peu, j'veux dire, on peut pas avoir les allées nettoyées au kärcher sans le bruit du kärcher, et puis les grenouilles de l'autre hôtel, ils n'y peuvent rien du tout.
Hier soir, nouvelle péripétie : une bande de jeunes se réunit dans la chambre 361. Je suis en 360. Les murs sont, heu, fins. À 21h, je frappe au numéro 361 pour arrêter la nuisance avant qu'elle nuise trop tard. Et puis c'est des francophones, ça s'entendait très bien à travers la cloison, donc on va pouvoir communiquer. C'est rien du tout, ça va s'arrêter tout de suite, c'est pas une bande de jeunes mais des messieurs-dames très bien qui prennent l'apéro avant d'aller au restaurant gastronomique où ils n'ont eu une réservation qu'à 21 h 30. Je suggère qu'ils prennent l'apéro à un des huit bars ou dans le lobby ou la lounge plutôt que presque dans ma chambre, mais bon il est déjà 21 h 15, voilà, ça s'arrête déjà, ils y vont. Ouf.
Et aujourd'hui, rebondissement. Le monsieur d'à côté n'a pas digéré que j'intervienne, 21 h c'est pas tard. (Donc comme c'est pas tard, on a le droit d'assourdir les voisins, ça va de soi, non ?) Donc il revient en causer. Là je n'apprécie pas. Le ton monte. Je finis par lui dire, enfin, par lui hurler que l'incident d'hier est clos et qu'il veuille bien me laisser tranquille pour la soirée. Il s'en va, il hésite, il tourne en rond, et puis il se poste devant ma porte pour brailler qu'en fait, il venait me prévenir qu'ils recommencent demain, à prendre l'apéro avant d'aller au restaurant. Vu que 21 h c'est pas tard, donc qu'on peut faire chier les voisins, qu'il n'y a que huit bars, un lobby et une lounge, et qu'ils ne sont que quatre couples qui n'ont donc que quatre chambres où prendre l'apéro, donc forcément, ils reprennent l'apéro demain dans mes oreilles.
Je suis allé à la réception demander qu'on leur demande de me laisser tranquille et de faire silence. La suite demain soir... Un suspense INSOUTENABLE !
 
Ah, et j'oubliais presque la métaphysique. Alors voilà. La différence entre le paradis et l'enfer, hein, vous savez ceuxé ? Ben c'est dix décibels. Mais tous les jours.

Rémy Mouton

 

 

 

 

 




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Brassens chante Paul Fort...si le Bon Dieu l'avait voulu...


Georges Brassens - par cdipre

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Toute petite miette du temps passé...

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Doudou fut médecin pendant quarante ans dans le quartier Notre Dame au centre du Havre et je   me suis rarement permis de le déranger pendant sa consultation à l'exception de deux ou trois urgences, généralement pour un des mômes dont la santé m'inquiétait brusquement.
Dans ces cas-là je redoutais  de le ralentir dans sa journée, et de le foutre de mauvais poil, surtout vers le soir, et je me glissais et m'asseyais dans la salle d'attente le plus discrètement possible avec mon malade entoupiné dans des vêtements chauds. Je comptais les patients assis autour de moi et constatais que la journée de mon toubib de mari était loin d'être finie!
Il raccompagnait sa dernière malade à la porte avant de jeter un coup d'oeil circulaire dans la salle d'attente et nous découvrait, nous les deux Vadet, sages et modestes sur nos sièges.
Soudain son visage se détendait, et au lieu de la mauvaise humeur redoutée, s'épanouissait dans un  sourire heureux comme si rien au monde ne pouvait lui arriver de plus agréable que de voir surgir nos tronches au milieu d'une consultation  bien chargée que notre présence,en plus,  allait aggraver.

agla

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Carlos Santana...envoi de Lô...

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28 janvier 2012

Bonsoir...

PRESENTATION-1813

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Cinéfeutrailles comme promis...c'est pas parfait...!!!

feutrexpo

J'ai fait comme ça...

 

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Lac de Viremont...agence isafoto...merci!

lac de Viremont

en bordure du lac: des phragmitaies...

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Où l'on voit surgir la musique dans la Gare centrale de Copenhague...

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27 janvier 2012

...une feutraille toute fraîche pour la nuit...et Bonsoir!!!

gropssetête

C'est ma douzième feutraille et je vais pouvoir faire un film...affaire à suivre...

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Bonnard...

BONNARD_15

Toujours cette intimité chaleureuse des toiles de Bonnard...j'en bave...

 

 

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Aglaé Vadet..."les Ragoûts de ma Grand'mère"...voir com...


2335679356745501232Chapitre 1

Mon père est flic. Inspecteur, d'accord, mais flic quand même. Nous partageons un appartement dans un immeuble ancien mais pas moche de la rue Vanneau dans le 7eme arrondissement de Paris. Lui, il bosse toute la semaine, et moi, j'essaie de préparer mon bac philo, bon an, mal an, au Lycée Victor Duruy, un peu chicos, et pas loin de chez nous. Tout ça n'est pas palpitant à première vue, mais on s'aime bien tous les deux et, depuis la mort de Maman, nous passons ensemble une grande partie de nos moments libres. Et un de ces moments, peu à peu, est devenu une de nos heures préférées dans la semaine. C'est le vendredi soir quand, en principe, papa revient du commissariat de la rue Amélie vers dix huit heures  à peu près en même temps que moi.

Première étape de la soirée: grande séance de salle de bains. Une heure au moins pour Monsieur l'inspecteur. Pyjama Mariner n°6, bleu marine, bien épais, mules Isotoner aux pieds, bonne odeur  d'eau de toilette de chez Machin  (j'oublie toujours la marque). Il s'affale dans un des deux fauteuils du salon en face de moi et nous échangeons les nouvelles de la semaine, les bonnes et les moins bonnes, et les projets de bouffe du week end.On fait les courses le samedi matin au marché et au « Carrefour » au coin de la rue Vanneau. Ceci étant réglé, tout commence pour de bon.

Tu veux que je t'apporte un apéritif?
C'est pas de refus, Alex!
Veux tu un petit Kir, le temps de me raconter une petite histoire?... ou  bien un vrai bon whisky, si tu démarres pour un long drame tragique et bouleversant?
Tu peux même apporter la bouteille d'Aberlour toute entière, pour accompagner le récit du siècle, ou presque!
Diable!

Dix minutes après, la boutanche de mon père, deux bières pour moi, trois poignées de noix de cajoux, un cendrier et deux verres prennent place sur la table basse entre nos deux sièges. Le public est prêt. Pas de glaçons dans l'Aberlour, ça foutrait tout par terre.

Mon père attaque:

Mercredi dernier le commissariat était particulièrement calme vers seize heures. Le brigadier de garde sommeillait vaguement auprès du téléphone à l'accueil. Sa tête de gros bébé reposait dans le creux de sa main bienveillante. Je suppose que le commissaire Gramet, dans son bureau sinistre, plongeait son grand nez dans les dernières affaires en cours et bouclait le mieux possible des dossiers préparés par sa fidèle secrétaire, comme on dit dans la collection Harlequin. Moi, j'attendais l'heure de me tirer pour une séance de cinéma qui ne se présentait pas trop mal... un film des Frères Coen, True Grit. dont la critique m'avait fait bavé dans une revue cinéphile le matin même. C'est te dire qu'on n'était pas dans la fièvre et l'agitation! Drelin! Drelin! Comme on dit dans le Malade Imaginaire... Je décroche le bigophone et je suis en communication avec l'extérieur. Une voix d'homme apeurée plutôt qu'affolée me soumet la raison de son appel d'une voix hachée:

    - Je voudrais parler à un inspecteur. C'est très urgent et très grave.
Je suis justement l'inspecteur de service. Inspecteur Norge, et vous pouvez parler. Je vous écoute.
Il arrive quelque chose de terrible. Voilà: je vis depuis vingt ans avec un ami plus âgé que moi et, cet après midi, je suis sorti seul faire des courses. Je suis revenu il y a à peine une heure et j'ai trouvé mon ami inanimé, allongé sur le canapé... excusez moi, j'ai du mal à parler!... Il est mort... mort avec la gorge tranchée... c'est terrible... une plaie abominable... une flaque de sang répandue sur toute la chemise, sur le canapé et même sur la moquette... un spectacle affreux.. affreux... qu'est ce que je dois faire?.. j'ai juste pensé à téléphoner au commissariat.
Vous avez bien fait . Quelle est votre adresse?
36, rue Bosquet... premier étage... quelqu'un va venir chez moi?
Je vais me déplacer moi-même ; dans une demi-heure je serai chez vous. Quel est votre nom:
Éric Pontel,
Votre âge?
42 ans.
Il était quelle heure lorsque vous êtes revenu chez vous et avez trouvé la victime?
Je ne sais pas... dix sept heures environ.
 Rentrez chez vous, Monsieur Pontel ,ou attendez-nous en bas de votre immeuble. J'arrive  le plus vite possible avec un collègue. Restez  calme, c'est important. A tout de suite.

En quelques minutes, je suis prêt et je cogne  à la porte du commissaire. Nous nous connaissons depuis vingt ans à travers de nombreuses histoires, pas toutes très marrantes tu t'en doutes. Ce gros homme a l'esprit vif et nous nous comprenons sans beaucoup de mots..
Gramet, je pars. Les affaires reprennent. On a un client plus mort que vif rue Bosquet ,pas loin d''ici. Je te téléphonerai mes premières constatations, et je demanderai la venue du légiste et des spécialistes des empreintes...l a routine quoi! Salut!

Un peu de galère pour nous garer rue Bosquet à cette heure là, mais nous trouvons le 36 sans trop de mal. Un homme au visage bouleversé vient au devant de nous, suivi d'une jeune femme, sa gardienne, qui n'a pas voulu laisser son locataire tout seul dans une circonstance pénible. Monsieur Pontel est un homme de taille moyenne, visage aux traits réguliers, chevelure châtain abondante et costume bien taillé. Il nous aborde d' une voix cassée, la mine défaite, cherchant difficilement ses mots dans des phrases décousues.

Merci Inspecteur. L'entrée de l'immeuble est à deux pas d'ici, sous le porche, à quelques mètres de nous. Nous habitons au premier étage. Je vous précède si vous voulez bien? la jeune gardienne nous quitte discrètement et nous montons jusqu'à l'appartement du premier étage.

 Une belle porte cirée s'ouvre sur une entrée carrée, assez large qui dessert à gauche  une cuisine qu'on devine à peine, à droite  un couloir étroit, et, sans doute une chambre , et, juste devant nous, un salon. Une vilaine odeur que nous connaissons trop bien flotte dans la pièce, trois fauteuils club nous tournent le dos . Un canapé longe une baie vitrée légèrement voilée d'un tissu bleu. Un lampadaire un peu vieillot entre  fenêtre et  canapé, et une grande télévision dans le prolongement du canapé. Le son est éteint et les images qui défilent donnent un aspect doublement sinistre au visage un peu cireux de la victime. Le corps d'un homme grand et maigre, adossé contre un coussin au niveau des épaules, le pied droit presque posé par terre, comme si, au dernier moment,  l'homme avait essayé d'échapper au coup terrible et tranchant qui vient de sectionner sa carotide. Il a bénéficié de deux minutes à peine. Notre expérience de ce genre de blessure nous l'apprend clairement. Il est retombé vite dans sa position actuelle. La tête de l'homme, chauve comme une pastèque est livide, vidée de tout ce sang répandu sur la chemise, les coussins, le pantalon, les mocassins gold et aussi sur la moquette qui a du être bordeaux avant le drame. Je lui donne soixante ans ,mais je n'en suis pas certain. Est-ce un couteau qui a commis cette plaie cruentée, profonde, qui fait presque le tour de la tête? J'en doute. La coupure est assez large et zigzague le long du trajet faite par un outil mal adapté à sa fonction . Une hachette? Un tranchoir? Je ne sais pas.
Il est temps de faire sortir Monsieur Pontel de cette pièce. Je le prends par le bras. Il est livide, muet, figé, sans larmes mais immobile et presque prostré debout. Je lui propose de se rendre avec moi dans la pièce  aperçue tout à l'heure au fond de l'appartement.

    - Nous pourrons parler en attenda-trois ans et était à la retraite depuis trois ans.
Son métier?
Fonctionnaire ; à la mairie du 7eme Arrondissement ; au registre de l'état civil à la fin de sa carrière.
Vous lui connaissez des ennemis capables de commettre ce meurtre?
Il y avait des gens qui ne l'aimaient pas, mais de là à...
Nous en reparlerons. Je vous reverrai.


Chapitre2

Tu sais Alex, la pièce où nous nous trouvons est  presque entièrement occupée par une grande table rectangulaire, et sur cette table, toutes sortes de tissus de forme et de couleurs variées... des rubans... des nœuds... des boutons... des formes de fond de chapeau cartonné... des voiles....des fleurs artificielles. Je sais pas si tu vois le genre? C'est Pontel, malgré son  chagrin visible, qui me donne  des explications. Il a appris ce métier de chapelier très jeune, comme apprenti, dans une  chapellerie élégante de la rue de la Paix.  Lorsque' ils ont emménagé ici, Gilles et lui, il a installé cette grande pièce bien éclairée, acheté une machine à coudre, quelques têtes-mannequin en porcelaine, et c'est là qu'il travaille pour quelques clientes rares et riches. Tu vois le genre? Il coiffe des mariages rupins de temps en temps, ou invente des créations fantaisistes pour des spectacles de rues de plus en plus nombreux. Il ajoute qu'il aime beaucoup son travail, et qu'il bosse parfois de huit heures du matin à huit heures du soir. Une fois par mois, il va dans le quartier du Sentier choisir de la passementerie, des articles de mode, des boutons de nacre, des épingles à chapeaux raffinées dont sa clientèle raffole.
C'est là que vous étiez cet après midi?
Oui. Exactement. Je suis parti vers quatorze heures. En métro comme je le fais toujours.
Et  il ajoute:
Inspecteur, si vous pouvez vous passer de ma présence un moment, j'ai besoin de passer dans la salle de bain. Je suis harassé.
Bien sûr.  Je vais circuler un peu dans l'appartement pour mieux connaître la disposition des lieux. Je vous retrouve ensuite.

Pontel disparaît  par une petite porte au fond de la pièce atelier, et je suppose qu'une chambre et une cabine de douche devaient meubler le fond de l'appartement. Je reviens sur mes pas, vers le salon, et je constate que  le cadavre est parti à la morgue et que les techniciens répandent une poudre blanche partout autour du canapé pour tenter de recueillir des empreintes. Je me dirige vers ce qui devrait normalement être la cuisine et là, surprise! Je me heurte à une bannette d'osier ronde dans laquelle un gros chat tigré roulé en boule, la tête enfouie près de sa queue, semble bien décidé à ignorer les événements de la matinée. Cuisine ordinaire, plans de travail, éclairage sympathique par petits spots, une cocotte en fonte repose sur la plaque électrique et son contenu semble prêt à cuire. Une porte entrouverte attire mon attention: il s'agit d'une entrée de service et elle est légèrement entrebâillée. Boudiou! Une porte entrebâillée, ça c'est intéressant... On peut donc entrer ou sortir de cet appartement sans passer par la grande porte d'entrée. Notre victime n'était pas à l'abri d'une visite dangereuse qui s'est d'ailleurs avérée mortelle; c'est une hypothèse possible. Tu me suis Alex?
Tu parles! Je te suis et je  me tape une deuxième bière!

Quand le petit père Pontel est ressorti de la salle de bains, un peu plus frais malgré les traits tirés, je lui ai proposé ceci:
Avant tout, avez-vous pensé à contacter un ami pour vous héberger ce soir? Il ne faut pas rester seul dans cet appartement où vous ne sauriez ni vous nourrir convenablement, ni dormir. Vous en avez besoin.
Je viens d'appeler une amie d'enfance sur mon portable en finissant de m'habiller. Malgré sa stupéfaction, elle a compris tout de suite la situation, et sa maison m'est ouverte à partir de maintenant pour le temps qu'il faudra.
Dans ce cas, je vous propose la chose suivante: vous passez la soirée chez votre amie, et nous nous rencontrons demain matin vers neuf heures à mon bureau, rue Amélie. Je procéderai à une interrogatoire en règle et, d'ailleurs, obligatoire. Un greffier  rédigera les compte-rendus que vous aurez à signer. Je prévois une heure ou deux pour tout boucler. Pour ce soir,vous pouvez partir quand vous voulez . Il vous faut un taxi?
Non, ça va, je vais me débrouiller. Merci Inspecteur,
Une question avant de nous quitter: La petite porte de service dans la cuisine... est-elle toujours entrouverte?
Oui. Ça surprend, je sais. Notre chat, Bidou-Bidou, emprunte cette sortie depuis toujours. Il descend dans la courette en bas de l'escalier et, après avoir fait ses besoins, il remonte à l'appartement... Si bien que nous avions pris l'habitude de laisser la porte un peu ouverte, et ceci depuis des années. Bidou-Bidou est une vedette dans cet immeuble... Je vais être obligé de rencontrer les locataires pour leur annoncer le drame et la mort de Gilles. Je suis trop bouleversé pour faire ça aujourd'hui...
D'accord. C'est tout en ce qui me concerne. A demain.
A demain Inspecteur.

Chapitre 3

Alex réclame énergiquement la suite:

     -T'as réussi à lui tirer les vers du nez?
Que t'es con, Alex,je procède en douce. Pas de questions directes, à lui. Je tourne plutôt autour des questions que je me pose à moi. Tu piges?
Oui... donne un exemple...
'Monsieur Pontel, à quel moment de votre vie avez-vous rencontré votre ami Gilles Bourdeau?', et il  raconte que Bourdeau avait eu des ennuis graves qui l'avaient conduit en prison pendant quelques semaines et c'est là que lui, Pontel, jeune visiteur de prison à ce moment là  l'avait rencontré . Il avait vingt trois ans et Bourdeau presque quarante.
'La Visiteuse et le Détenu' en somme! Dit Alex
Oui. Rapprochement d'autant plus valable que ces deux hommes homosexuels, se sont  rapprochés doublement une fois franchie la grande porte de la taule;
Le camarade Bourdeau était en prison pour quelle raison?
Je le sais bien entendu. Mais... que fais-tu? tu t'en vas ou quoi?
Juste téléphoner à une copine. Moi, je n'en ai pas pour longtemps, mais elle, on ne sait jamais! Je reviens tout de suite après et tu me racontes la suite! Ok?

Alex sorti de la pièce, je plonge dans un soliloque méditatif autour de certains points obscurs de cette histoire. La porte de service par exemple. C'est assez troublant de penser que quelqu'un puisse arriver dans le salon, chez soi, en empruntant cette entrée là. Et pourtant c'est possible. Surtout si le visiteur en question a une bonne raison de choisir ce chemin bizarre et, quand je dis « bonne raison », c'est plutôt mauvaise raison... il se glisse comme Bidou-Bidou dans l'appartement jusqu'au canapé où repose sa future victime. Reste à trouver le mobile d'un geste aussi grave et l'arme très particulière qui va trancher une carotide d'un seul coup d'un seul. Je ne suis pas sorti de l'auberge.

Alex, en revenant, apporte une bouteille de Perrier du frigidaire. Et je dis toute la vérité sur l'affaire Bourdeau il y a plus de vingt ans.
Vas-'y,
Gilles Bourdeau, après les années de Lycée, est un joli jeune homme comme on dit, dragueur, baratineur, un regard qui fusille dans un œil de velours ,et qui se désintéresse complètement des femmes. Pontel m'a expliqué tout ça plus sérieusement que moi, mais le sens est le même! Il est embauché à la Mairie du 7eme arrondissement auprès du premier adjoint au Maire qui dirige l'organisation des affaires culturelles. D'année en année, il délègue à Bourdeau le charmeur l'organisation des diverses manifestations de l'année très ou peu culturelles. Peu importe. Noël, Quatorze Juillet, Fête des Mères, des écoles, des voisins, Bourdeau organise tout. Ce qui veut dire qu'il fait établir des devis,choisir des sous traitants, ce qui veut dire pognon et petits cadeaux dans les fouilles du bel organisateur. D'année en année, comme toujours, les sommes données ou reçues deviennent de plus en plus grosses et la dernière année, le prix de revient de l'Arbre de Noël tutoie celui de l’Élysée. Une petite dénonciation par ci par là, et les flics viennent faire une enquête. Le livre comptable détricoté de la première à la dernière ligne dénonce le montant d'une corruption monstrueuse au profit de Bourdeau. Suit un procès. Verdict: une grosse amende et quelques semaines de prison. Tu sais tout!
Et j'ai une idée! Tu vas te foutre de moi?
Non; déballe.
De cette période de sa vie, il a pu garder quelques ennemis?
Au point de le tuer... faudrait un complément d'informations. Je revois Pontel demain.
Demain Samedi? Et le marché t'en fais quoi?

Bonjour Monsieur Pontel,
Bonjour inspecteur,
Nous n'avons pas de greffier ce matin. Il ne travaille pas le Samedi, sinon son horaire  de la semaine déborderait les 35 heures. C'est bien fâcheux, mais je vais simplement enregistrer votre déposition. N'oubliez pas que c'est une déposition, non une conversation. Nous recommencerons si le procureur l'exige.
Oui. Bien sûr.

Je relance les questions au sujet de leurs professions si différentes.  D'abord pour savoir  si Bourdeau a retrouvé du travail après sa sortie de prison. C'est à peine croyable, mais la mairie lui a proposé une petite place discrète au service de l’État-Civil! Il avait purgé sa peine après tout! Les deux amis ont emménagé dans l'appartement que nous connaissons. Bourdeau avait un peu plus de quarante ans et Pontel vingt-cinq. Jusqu'à sa retraite, le fonctionnaire remplit  ses semaines d'un boulot plutôt pépère, sans fatigue excessive, tandis que notre modiste passe beaucoup plus de temps qu'on pourrait le croire autour de chapeaux en pièce unique, dont il assure le dessin initial, la forme, les décorations de plumes, de paille, etc... et un finissage méticuleux qui peut demander des heures et des heures. Cette fois j'ai bien compris: un qui bosse comme un fou, et un qui glandouille  en attendant que le copain ait fini!

Conséquence: Un des hommes gagne beaucoup mieux sa vie que l'autre. Je me demande si cet état de choses est bien supporté... jeunes et amoureux peut-être... et encore …

Monsieur Pontel, votre ami se chargeait-il des soins du ménage pendant ses heures de liberté?
Un peu...
Que faisait-il chez vous après ses heures de travail?
Il se reposait. Sur le canapé où il a été attaqué sauvagement. IL regardait la télé. Il aimait bien ça, faisait un peu de cuisine et la pâtée de Bidou-Bidou. C'était notre façon de vivre depuis longtemps, et ça ne posait pas de problème.
Vous gagnez beaucoup plus d'argent que lui?
Ce n'était pas un problème non plus. Juste notre façon de vivre.
Voyez-vous quelque chose d'autre à me dire qui pourrait m'aider dans mon enquête?
Je ne vois pas, Inspecteur. Je ne comprends rien à ce drame. Qui a tué Gilles? Pourquoi? Avec quel instrument bizarre et cruel?... Je ne vois vraiment pas.



Chapitre 4

Entrez brigadier. Vous avez besoin de quelque chose?
Seulement vous rappeler, Inspecteur, que le résultat de la fouille de l'appartement Pontel est exposé dans le bureau Enquêtes/ Investigations, et que vous pouvez en prendre connaissance. Je vous donne la clé?
Non, non, gardez-la.; Vous m'accompagnerez. A deux, nous regarderons mieux. J'arrive dans cinq minutes.

J'en ai marre, de ces fouilles. Deux cents objets affligeants de banalité, dont aucun ne donne le moindre renseignement sur l'enquête qui justifie leur présence dans les locaux de la police. C'est toujours pareil. Allonsy quand même...

Vous avez vu quelque chose de particulier,  Bontemps, parmi toutes ces horreurs?
Pas vraiment. J'ai à peu près les mêmes trucs chez moi... selon les endroits, des feuilles de papier A4, des bics et des feutres, un répertoire...
Faudra regarder de près quand même...
Oui... des échantillons de crème  auto-bronzante,un lait hydratant... des kleenex...
C'était un coquet!
Un agenda, des clés, des enveloppes, des lettres... rien de bien mystérieux Inspecteur!
Vous lisez trop de polars, Bontemps, il n'y a jamais rien de mystérieux dans les fouilles! Ca me lève le cœur, ce défilé.....et là c'est quoi?
Là où?
Vous roupillez Bontemps... Là... plat... noir... en cuir.

Le brigadier ramasse et m'apporte un petit sac des skaï noir, d'environ quinze centimètres de long, fermé par un cordonnet enroulé deux ou trois fois, et noué sous l'ouverture. Je l'ouvre et renverse le contenu sur une extrémité de la table. On dirait que c'est peut-être une bonne pioche! Je trouve un tube de colle; un poinçon, un dessin gravé sur linoléum... je connais! Avec une pomme de terre gravée sommairement, je faisais des tampons quand j'étais môme... deux photos... et, plus bizarre, un rouleau de papier qui ressemble furieusement au papier administratif d’État-Civil tel qu'on le trouve dans une Mairie!

Je réagis en vitesse et dis à Bontemps:

- Fermez la baraque brigadier. Et ramassez le reste dans un carton. Bouclez bien hermétiquement avec du gros collant large pour colis. Une étiquette: Fouille Pontel/Bourdeau. Faudrait rien égarer de ces petits trésors! Je garde le sac et je rentre chez moi pour réfléchir horizontalement, si vous voyez ce que je veux dire!



Chapitre 5

Alex, t'es là?
Oui Papa!
Aberlour, bières, cacahuètes...
Mais on n'est pas Vendredi
Tant pis. Y a du nouveau!
Et ta douche?
Après.....

J'ouvre le sac de cuir noir que j'ai rapporté du commissariat, et j'en vide le contenu sur la table basse du salon.

T'es dégueulasse! C'est quoi ce foutoir?
Le résultat de la fouille dans l'appart Pontel,  
Et tu vas trouver l'assassin avec ce ramassis informe,
Peut-être...


Je détaille à voix haute les objets répandus sur la table . Colle... poinçon... rouleau de papier qui me rappelle quelque chose... et un petit morceau de linoléum! Bingo!
Alex, l'enquête avance!
Avec les petites horreurs que tu étales sans remord sur notre belle table Ikéa?
J'explique mais je bois un coup avant!

Je me demande, ou plutôt je devine, pourquoi un petit employé à la retraite , qui a travaillé vingt ans ou presque  au service des papiers d' État-Civil à la Mairie, pourquoi, disais-je, ce brave homme trimbale dans un sac discret une partie de ce qu'il faut pour fabrique des faux papiers! Tu comprends Alex? Je suppose que Gilles Bourdeau n'était pas  le monsieur  rangé et apathique que j'imaginais, vautré sur un canapé en permanence devant des séries américaines à la télé; mais qu'il se livrait discrètement à des activités moins innocentes .Et tout ça pour du bon pognon, bien entendu! Pas par pure  charité! Il se procure le papier à la mairie dans un service qu'il connaît comme sa poche et il fabrique des tampons quand c'est nécessaire en gravant ce petit morceau de linoléum. Je flaire en outre qu'il a un copain pour les écritures, et de nouveau la  participation involontaire des imprimantes de la Mairie. Le client n'a plus qu'a donner une photo et de l'argent.



Chapitre 6

J'ouvre l'enveloppe posée sur le bureau. C'est un mot de Gramet.

Pour Louis Norge

Louis
Après notre conversation, je note, comme nous le faisons d'habitude, tous les points merdiques de l'affaire Pontel. Tu lis et nous en reparlons ensuite.
1/ La victime, qui paraît si innocente à première vue, dissimule beaucoup de zones d’ombre. Il peut avoir gardé des ennemis de sa première affaire de jeunesse. Il peut en avoir d'autres, des mecs escroqués dans le paiement des faux papiers d'identité.
2/  Pontel connaissait-il cette face cachée de son ami. Depuis quand? Leur relation était-elle affectée par l'affaire des faux papiers? Jusqu'à quel point?
3/Dans ce vieux couple, l'un travaille énormément et gagne beaucoup d'argent. L'autre glande de plus en plus et, apparemment, vit en paressant de sa retraite fort modeste. Apparemment.
4/ L'arme du crime est très singulière si on regarde la description que tu en fais: très coupante mais mal aiguisée au vu de la blessure large, irrégulière, déchirée sur les bords.
5/ Tu as le timing des courses de Pontel dans le quartier du sentier?

Gramet

Je relis deux fois et pense que le mieux est de  redonner rendez-vous au sieur Pontel pour un interrogatoire approfondi. Je ne vais pas rester six mois sur cette histoire.

A peine assis en face de moi sur le bout des fesses, Pontel déverse d' une voix presque coléreuse,  un monologue ininterrompu. J'écoute  attentivement. Je m'attendais peu à ce genre de déclaration spontanée. Il se lance, sans question de ma part.

Le mieux, Inspecteur, est que je revienne, à ma manière, sur des questions soulevées lors de notre dernier rendez vous:  Oui! Gilles avaient des ennemis! Beaucoup d'ennemis! Des anciens et des nouveaux! Les plus anciens remontent à ses années de prison, quand j'ai fait sa connaissance. Vous vous souvenez qu'il avait soutiré des sommes colossales depuis des années à des municipalités, sous prétexte d'organiser pour elles des fêtes et des manifestations. Gilles les a mis dans sa  poche. C'était un garçon séduisant à cette époque-là. Admettons que ces gens-là, dans l'histoire, aient perdu non seulement de l'argent mais, souvent, la confiance de leurs électeurs. Ils n'ont jamais pardonné... Ca, c'est pour l'histoire ancienne... Mais, depuis sa retraite, s'ajoutent à ça les carambouilles autour de la fabrication des faux papiers! Vous avez l'air étonné, Inspecteur? Mais oui je savais tout ça et, pendant que je bossais comme un malade sur mes chapeaux de luxe, Gilles se faisait du lard frauduleusement sur le dos de pauvres gens: car ce ne sont pas les bourgeois qui ont besoin de papiers pour franchir une frontière ou pour gagner leur croûte...

J'écoute sans en perdre une miette, et  m'arrange vaguement pour que mon interlocuteur ne s'avance  pas plus loin dans ses imprécations. Je me lève pour le congédier en douceur. Je garde pour moi les conclusions possibles de l' entretien, et le convoque pour le surlendemain. J'ai du temps devant moi pour la réflexion.

Je traîne pour la nième fois dans l'appartement de la rue Bosquet ,et je ne vois rien d'autre que ce que j'ai déjà observé depuis le jour du crime: la télé est fermée évidemment, l'atelier des chapeaux est resté en l'état, la bannette de Bidou-Bidou est vide car c'est la petite gardienne aperçue le premier jour qui s'occupe du greffier, la cuisine n'a guère changé elle non plus et la cocotte sur le gaz contient un reste de sauce plutôt sympa, genre tomates/lardons... La porte de service est fermée... normal... c'est inutile que je revienne, cet appart ne m'apprendra rien de nouveau.

La gardienne est dans l'escalier au moment où je descends.

Bonjour Inspecteur,
Bonjour!... Votre immeuble est bousculé depuis quelques jours!
Oui! Et chacun pose des questions... Je ne sais pas toujours quoi répondre!
Je vois ce que vous voulez dire!...  «pourquoi ce crime... comment.... par qui....etc..., »
...et aussi: « pourquoi ne voyait-on jamais ces deux hommes ensemble?... Pensez-vous qu'ils s'entendaient encore bien?...Ils étaient bizarres depuis quelques années et nous en parlions parfois avec ma femme.., et savez-vous si c'est vrai qu'il joue au poker sur Internet l'après- midi? … je ne sais pas quoi leur dire. »
Vous avez l'impression qu'ils suggèrent une culpabilité?
OUI! Dix fois oui! Ils veulent me faire désigner Monsieur Pontel qui est si gentil comme le criminel... Je n'en peux plus Inspecteur!
Cette histoire de poker, vous en savez plus?
En tout cas, il faisait l'impossible pour qu'on ne voit jamais la télé quand je montais quelque chose à l'appartement! Ça c'est sûr!!!




Chapitre 8

Pensif, je rentre chez moi.
Alex n'est pas encore rentré, et j'hésite à taper dans le whisky en solitaire !
Il faut dire que je suis éberlué par ma rencontre avec la charmante gardienne de la rue Bosquet. Je ne peux pas ignorer plus longtemps que la culpabilité du sieur Pontel est à envisager à partir de maintenant. Déjà, la véhémence avec laquelle il énumère les soit-disant dangereux ennemis  de Gilles Bourdeau m'avait mis la puce à l'oreille, et les blablas des locataires, questions et cancans donnent un certain poids à cette puce-là!!! Admettons, en plus, que Pontel soit au courant du poker sur Internet... ou que Gourdeau ait perdu des sommes importantes alors que, manifestement, il vit très largement sans travailler des gains de son camarade. Putain d'Adèle! J'ai presque un mobile!

Je rapporte tout ça à Gramet. Il trouve que ça prend forme. Mais on ne peut pas boucler une enquête avec les propos des voisins de palier. Il me demande si j'ai pensé à l'arme du crime, Tu imagines ce petit chapelier élégant trancher une carotide, comme les arabes égorgent les moutons pour l'Aïd el Kébir? Oui, c'est vrai, quelque chose m'échappe. Il arrive avec une arme? Ou bien l'arme est déjà dans la maison? Et il en fait quoi ensuite? C'est mystérieux cette histoire... Gramet suggère que je retourne encore une fois dans l'appartement pour vérifier si rien ne m'a échappé, un détail bizarre,  des taches à un endroit insolite, un objet sorti de sa fonction habituelle. Il a raison Gramet, et je vais faire ça.

J'obéis à mon vieux collègue.

Rien n'a changé. La chambre avec les deux lits d'une personne, l'atelier, le salon avec son canapé mal nettoyé, ses trois fauteuils club, la grande télé à portée de main d'un spectateur allongé confortablement. J'entre dans la cuisine, manipule quelques tiroirs et quelques ustensiles, soulève le couvercle de la cocotte et respire machinalement le fumet refroidi mais agréable du fond de sauce crémeux et tomaté. Non! Rien n'éclaire ma lanterne. Je referme la porte de l'appartement et descends les premières marches de l'escalier.

L' odeur... l'odeur de la sauce m'emporte d'un seul coup loin d'ici, plusieurs décennies  en arrière, vers mes dix ans, chez ma grand-mère Guillon, en Bourgogne. Les vacances et la bonne cuisine! Cette odeur aujourd'hui est la même, dans ma mémoire, d'une redoutable précision, c'est celle des ris de veau avec leur complément de lardons et le coulis de tomates au basilic. C'est terrible, la mémoire des odeurs. Je revois tout... la cuisine et les casseroles de cuivre... le frigidaire et le congélateur à côté; des modèles très modernes pour l'époque, et dont la grand-mère Guillon très fière, tirait le meilleur parti. Je repense aux ris de veau, hé bien! Elle les préparait par deux ou trois, chacun d'eux  roulé et bien serré dans du papier d'aluminium, comme des boudins pointus aux deux extrémités, et elle les rangeait avec un soin jaloux dans le congélo. Elle les cuisinait amoureusement le  dimanche pour ses invités. Quel sacrée cuisinière, quand j'y pense!

Arrivé au rez de chaussée, je sors de l'immeuble.

Je pile brutalement sur le trottoir,  inconscient du désordre provoqué entre deux ou trois piétons furieux... L'un d'eux me traite de 'givré'... Il tombe bien!

Je viens de réaliser en un quart de seconde qu'un ris de veau congelé peut faire une arme redoutable et que, deux heures après le crime, dégelé et posé dans une cocotte, il est à jamais introuvable. Je crois que Pontel est dans de mauvais draps! CQFD!

Alex! Alex! Arrive! Y a du nouveau...

Aglaé Vadet









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26 janvier 2012

Fun...clip pour Pina Bausch...et bonsoir!

Posté par Aglamiettes à 19:26 - Commentaires [1] - Rétroliens [0]